Carnets de mots

L'élaboration de mon roman, par moi, au fil du temps. Et quelques autres trucs : textes parlant de ma vie personnelle, nouvelles, ...

mercredi 7 mai 2008

Ici et là-bas


L'enregistrement est encore tout pourri, mais vous commencez certainement à vous y habituer...

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      Là-bas – c'était il y a seulement treize ans – il y avait un peuple qui en exterminait un autre. Là-bas, il y avait des Hutu qui tuaient. Là-bas, il y avait des Tutsi qui se cachaient. Là-bas, il y avait des machettes. Là-bas, il y avait un printemps qui sentait la mort. Là-bas, il y avait des trous, des fosses communes, où les cadavres étaient entassés, le corps séparé de la tête, et les animaux picorant la coupure faite au niveau de leur cou puant le sang séché. Là-bas, tout puait. Ça puait le sang, ça puait la poussière, ça puait les cadavres et ça puait les êtres humains brûlés. Là-bas, les petites filles ne comprenaient pas pourquoi leurs amies d'avant ne leurs parlaient plus, parce que c'était comme ça, parce qu'il ne fallait pas. Parce que le génocide avait commencé un premier avril par un accident d'avion. Là-bas, ils savaient qu'ils n'allaient pas survivre. Ils savaient qu'ils ne se cachaient que par instinct et qu'eux aussi dans quelques heures, ou quelques jours, ils se feraient couper la tête dans l'unique mouvement d'une lame qui séparerait leur corps en deux parties, avec la consolation d'une vie éternelle auprès de ce Dieu qui regarde les Hommes de son œil bienveillant, tandis que l'autre reste fermé. Là-bas, les filles gisaient sur les trottoirs la poitrine mutilée par des pics, les jupes remontées, le corps coupé en deux, encore et toujours, parce que les balles coutaient trop cher. C'est ce qu'ils avaient dit : il fallait utiliser des machettes pour économiser des balles. Le profit, c'est comme l'horreur : c'est humain.
      Là-bas – aujourd'hui – il fait toujours chaud et l'eau n'existe pas. Là-bas, il y a des peuples que le monde ne connait pas et qui respirent les déchets radioactifs jetés par les européens du haut des avions blancs. Là-bas, les enfants sont maigres et les insectes, les mouches viennent manger le sang de leurs plaies qui ne se referment pas. Là-bas, les enfants et les adultes ont tous le SIDA. La bas, ils ne connaissent pas les mots trithérapie, pénicilline, vaccination, préservatif, Nutella, sandwich au jambon. Là-bas, les gamines de treize ans ont déjà deux enfants. Là-bas, les enfants doivent s'aligner dans les steppes avec des fusils à l'épaule. Là-bas, on leur demande de tirer sur d'autres enfants, alignés eux aussi, à deux-cent mètres d'eux, de l'autre côté de la frontière, délimitée par une piste de terre ocre et sèche. Là-bas, les petits garçons regardent leur petite sœur se faire violer sous leurs yeux, regardent leur père se faire battre à mort, regardent leur mère être assassinée d'une balle dans la tête. Là-bas, tout le monde fuit tout le monde. Là-bas, quelques poignées de riz sont une richesse inestimable et là-bas, lorsqu'ils lèvent les yeux au ciel, ils se demandent ce qui peut se passer dans les avions qui passent, ils se demandent comment sont les gens ailleurs, ils se demandent qui sont les Hommes blancs que l'on ne voit qu'à la télé. Là-bas, ils meurent lentement.
      Là-bas – aujourd'hui – rien n'est comme ici. Là-bas, il y a des barbelés qu'il ne faut pas franchir sous peine d'être envoyé dans des camps de concentration. Là-bas, il y a des cadavres dans les rues de ceux qui sont morts de faim ou de froid pendant l'hiver. Là-bas, les aides humanitaires nourrissent plus de six millions de personnes. Là-bas, ceux qui n'ont pas à manger dépècent ceux qui agonisent à cause du froid ou des maladies. Là-bas, la lumière n'existe pas. Là-bas, il n'y a pas de libertés. Là-bas, il y a un culte de la personnalité. Là-bas, ce n'est pas Auschwitz ; mais ça y ressemble : les enfants en danger de mort dans les hôpitaux portent tous le même pyjama rayé bleu et blanc et le régime fusille ceux qui tentent de fuir. Là-bas, seules les statues de celui qu'il faut vénérer plusieurs fois par jour comme on prierait Dieu sont éclairées le soir. Là-bas, il n'y a que le béton et la mort. Là-bas, la neige tombe dans les appartements par les fuites dans les toits, et le chauffage n'existe pas. Le vent du nord entre par les fenêtres cassées et des stalactites s'accrochent au plafond des appartements durant les longs mois d'hiver. Là-bas, le peuple crèvent de faim, de froid, d'absence de libertés, mais là-bas, huit pour cent de la population sont militaires. Là-bas les gosses bouffent leurs frères et sœurs, morts, pour espérer survivre un peu, mais ce n'est pas grave, on s'en fout, parce que là-bas, il y a des bombes nucléaires.
      Et ici – aujourd'hui – il y a ces appartements pleins de déchets, symboles de la société de consommation. Il y a des appartements pleins de bouteilles, d'emballages en plastique, de papiers chiffonnés qui trainent sur le sol. Il y a cette femme qui cherche du travail depuis vingt ans, mais qui n'en a plus le courage. Il y a cette femme qui vit toute seule, parce que c'est comme ça. Il y a cette femme qui vit toute seule dans ce minuscule appartement de deux pièces que la ville lui a attribué pour vivre avec ses deux enfants de six mois et six ans. Il y a cette femme qui pleure en regardant son gamin dans son berceau qu'elle n'a pas le courage de laver depuis plus d'une semaine. Ici, il y a cette femme qui pleure en regardant le carreau cassé de la salle principale , en sentant le froid envahir son corps parce que le chauffage est coupé, parce qu'elle ne pouvait plus payer l'électricité. Ici, il y a cette femme qui se demande comment faire pour payer à manger à sa gamine, comment faire pour payer la cantine de l'école, comment faire pour aller faire des courses, parce que son loyer lui coûte trop cher par rapport au RMI, parce qu'elle termine les dix derniers jours du mois avec vingt ou trente euros pour faire manger ses deux gosses. Elle se dit aussi qu'eux, ils ne commencent pas dans leur vie avec beaucoup d'avantages. Ici – aujourd'hui – il y a cette femme qui se dit qu'un peu de solidarité, qu'un sourire, qu'un mot gentil, qu'une main sur son épaule lui redonnerait peut-être un peu d'espoir, un peu confiance en elle.

      Alors dites, dites-le, que nous, on n'a pas le droit de se plaindre. Dites-le qu'en allant faire les cons dans les rues pour demander l'abrogation d'une loi fasciste, on ne brasse que de l'air. Osez dire qu'il y a pire ailleurs et qu'on n'a pas le droit de protester contre la « totalitarisation » d'idéaux qui remontent à deux cent ans. Osez dire que nous n'avons pas le droit de nous insurger contre la nouvelle devise de la France, « Travail-Famille-Patrie ». Osez dire que la violence insurrectionnelle est vaine. Si vous osez cela, je vous crache à la gueule, au nom de tous ces gosses qui crèvent sous vos pieds, parce que vous les écrasez sans même regarder où vous marchez. Osez dire que nous pouvons être heureux sans regarder autour de nous. J'ose vous dire que vous êtes égoïstes, manipulés, vous aussi, comme en Corée du Nord, comme à Cuba, Comme en Chine, comme en Birmanie, par le pouvoir, par ces nouvelles affiches que l'on voit partout en ville depuis quelques jours et qui ressemblent étrangement à celles qui étaient les seules autorisées dans le Beijing des années Mao, avec un président au visage retouché, rajeuni. Gloire à Pétain, longue vie à la Patrie. Pour profiter, soyons bourgeois, méprisons le petit peuple, et le monde ira mieux.
      Le malheur des autres n'a jamais fait mon bonheur. Ayons de l'empathie, et luttons, à mort s'il le faut, parce qu'ici, c'est tout ce qu'il nous reste à faire.

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mardi 6 mai 2008

Cinéma I

A l'époque où on avait le droit de fumer dans les salles noires...

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      Idioties. Débilités. Dire tout et son contraire. Affirmer férocement des choses avec lesquelles on n'est pas d'accord. Se détester le plus possible. Voici mon emploi du temps de la nuit.
 
      Les ombres rouges et bleues que les désirs dessinaient autrefois n'existent plus. Il n'y a plus rien. C'est une projection, c'est une salle de cinéma où le faisceau qui va de la petite boite au grand écran est le temps, et l'image que l'on voit est celle de demain. Un film d'horreur. Un film de mort. Un film dégueulasse. Tellement dégueulasse que certains pleurent. Ceux que ça touchent. Les autres, ils s'en foutent. Ils essayent d'être silencieux, par respect, mais ils s'en foutent. Il pourraient ne pas être là, pour eux, ce serait la même chose.
      Et lui il va crever. Il attend juste le bon moment. Il termine ses dernières lettres et il va s'ouvrir les veines. Il va en foutre partout. C'est comme ça, la mort : c'est dégueulasse. C'est dégueulasse pour les autres. S'il y en a quelques uns à qui il va manquer, ils vont pleurer ; et puis ils s'en remettront très bien parce qu'ils sont comme tout le monde : du moment que ce n'est pas eux qui crèvent... Et puis parce qu'ils n'auront plus rien à pleurer. Il auront pleuré assez de larmes de leur enfance pour cette fois-ci. Assez de souffrances. Et puis voir ces plaies béantes devant eux, ce sang dégoulinant, fleuve rempli de la pollution des blessures d'avant, ravivera leurs souvenirs inconscients. Ils se souviendront de toute cette merde et ils se diront que finalement, l'Homme est foncièrement mauvais. Mais lui, baignant dans la station d'épuration de son âme, il saura que certains sont des exceptions. Il saura que seules les filles peuvent comprendre ce genre de sentiment. Il saura juste rire devant ceux qui lui diront que la vie est belle.
      Son sang coulera à terre, son sang tombera doucement sur le parquet, d'abord dans un jet puissant, puis dans un filet de liquide limpide et clair, et enfin par goûtes, avant que son corps se soit vidé totalement, avant qu'il ne devienne d'une blancheur religieuse. Et Baudelaire est mort, c'est ce qu'il se dit dans son dernier souffle. Baudelaire est mort alors plus rien ne bouge, ou tout bouge trop vite. Baudelaire est mort et jamais plus aucune joie ne saura être sublimée, jamais plus aucune souffrance ne sera une véritable horreur. Baudelaire est mort et la littérature n'existe plus ; il a emmené les contrastes du monde dans sa tombe, aujourd'hui, tout est gris clair ou gris foncé. Sauf nous.
      Il ne sera jamais inutile de crever comme une merde, maintenant que Baudelaire est mort. Baudelaire n'est pas Lamartine, Baudelaire n'est pas l'amoureux transi du lac, Baudelaire n'est pas le vieil homme se contemplant sur la mort de sa fille en magnifiant le sentiment pour donner de la grandeur et de la beauté à son âme. Baudelaire déteste la tristesse, Baudelaire refuse d'accepter le spleen comme un mal nécessaire au poète, Baudelaire refuse que la douleur soit d'une beauté sans fin. Baudelaire est le seul qui ait été capable de détester cette douleur qui était l'essence des romantiques. Alors crève, crevons, crevez, et détestons-nous pour cela. Détestons le monde de nous faire crever. Le destin de l'Homme, c'est de crever. Le destin de l'Homme, c'est la détestation de soi et l'ignorance de l'autre. Si ce n'est pas le cas, sa vie n'est pas terminée. Et jusqu'à son dernier souffle, il vit encore. Un Homme n'est un Homme que s'il est mort. L'Homme est un mort dont les préliminaires se nomment putréfaction.
      Le monde est en train de crever. Lui aussi, il s'est ouvert les veines, et ça coule, goûte à goûte. Et bientôt, il n'en restera plus une seule dans ce vaste complexe du corps de l'humanité, ses poumons, ses reins, son foie seront desséchés, à cause d'un estomac trop plein. Le réel, c'est tout. C'est le vivant, le matériel et l'immatériel, l'imaginaire et le vrai. Le réel n'a pas de contraire. Tout ce que l'on se fait pour atteindre des orgasmes nocturnes est réel. Nos habits que l'on déchire sont réels. Les corps des enfants qui s'emmêlent au petit matin sont réels. Et l'écriture – l'art pour l'art – est un don céleste que des forces occultes nous octroient pour quelques minutes, quelques heures, comme des ondes blanches, translucides et inconscientes venues de dimensions que l'on ne connaitra pas ici.
      La mort est dégueulasse. Elle n'est rien. Elle est vide. Elle ne possède que ce minuscule espoir que les résidus inconscients de notre vie ne viendront pas trop polluer l'avenir. Peut-être que notre destin est beau... Ce ne sera pas pour cette vie-là, c'est tout. Il faudra vivre ailleurs, dans un monde qui ne nous appartiendra pas, que nous ne pourrons pas détruire, que nous ne pourrons que toucher du bout des doigts comme Baudelaire touchait ses mots et ses vers. Les dimensions que nous parcourrons seront claires, comme des nappes de brouillard que des enfants auront fabriquées avec du coton. Il faudra juste espérer que nos vies d'après seront plus belles que ce monde. Aujourd'hui, ouvre les yeux, ferme-les, fais un tour sur toi-même : tu viens de ne pas regarder l'horreur.
      Et lui, maintenant, son corps a durcit, on peut le balancer dans la terre, pour qu'il se fasse bouffer par les vers, et le film est fini. Vivement la prochaine séance.

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jeudi 1 mai 2008

Traducteur de sens

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      Le monde est plein de couleurs que nous pouvons attraper au creux de nos mains au détour d'un regard, d'un voyage, d'une photographie. Nous pouvons connaître son histoire. Mais baigné dans une culture différente, nous ne pouvons en saisir tous ses mystères. Voir, et écrire. Nous ne sommes pas nos écrits. Nous ne sommes que des traducteurs de nos sens ; écrire, c'est être contraint par le monde à en écrire les paysages, les mouvements, les atmosphères, les impressions, les sons, les odeurs, les textures, l'intérieur et l'extérieur des personnages. Les forces célestes nous donnent nos mots. Les forces célestes nous donnent le parfum des phrases. Les forces célestes guident nos doigts qui courent à toute vitesse sur le clavier.
      L'écriture, c'est une femme qui, lorsqu'elle se déshabille, nous oblige à décrire son corps dans les moindres détails. Écrire le grain de sa peau, la couleur de ses yeux, celle de ses cheveux, la forme de son nez, la douceur de sa bouche, son cou, ses épaules...
      Ma cigarette se consume toute seule dans le cendrier lorsque j'écris. Toutes les nuits mes cigarettes se consument toutes seules. La fumée fait des nuages en dessous du plafond et mes guitares sont silencieuses. Le matin, je pars.
      Et puis les nuits. Les autres nuits. Les nuits avec la musique à fond dans les salles remplies de fumée, de cris, de rires, de discussions animées sur la politique, le cinéma, la musique, l'Histoire, la psychologie, la philosophie, qui de Danton ou Robespierre avait la meilleure idéologie dans son contexte historique ? Duras est-elle réellement incomparable ? la gauche et son idéologie existe t-elle encore ? qu'est-ce que la Révolution ? la révolution individuelle est-elle indispensable pour entraîner une révolution sociale ? pourquoi Klapisch est-il si populaire ? pourquoi les relations entre les hommes et les femmes sont-elles si complexes ? Ne pas dormir, continuer, jusqu'au petit matin, et puis partir. Une petite gare de province, un dimanche matin, un seul train toutes les heures et quelques personnes à l'intérieur. Il y a des jeunes qui, comme moi, doivent rentrer chez eux, des gens d'une quarantaine d'années avec des sacs qui vont peut-être passer la journée dans leur famille, ou des vieux qui ne conduisent plus. J'achète mon billet à la seule borne automatique. Deux euros cinquante. Il est huit heures du matin ; je marche un peu, et puis je sors sur le quai. J'allume une cigarette. Deux jeunes sont assis sur un banc ; ils parlent fort, écoutent de la musique que je déteste. Ils me regardent du coin de l'œil ; je fais exprès de les fixer et ils détournent les yeux. Une télé en noir et blanc indique la voix pour les trains. Je marche de long en large. Je ne dis rien. J'observe la gare, les gens, les quelques bancs, là-bas, de l'autre côté des rails ; les poteaux qui soutiennent les toits recouvrant les quais sont rouillés, mangés par le temps, maigres ; derrière le grillage, les branches des arbres anorexiques semblent s'être arrêtées de vivre pour toujours. Le temps est gris, un peu humide, bien qu'il ne pleuve pas ; il ne fait pas froid, mais je supporte ma veste au dessus de ma chemise blanche un peu salie par les cendres que je n'ai pas mises à temps dans un cendrier. J'attends. Encore un quart d'heure. J'ai un livre dans ma poche. J'essaye de l'ouvrir ; je n'arrive pas à lire et je le ferme presque aussitôt. J'allume une autre cigarette, je croise deux adolescentes qui discutent à voix basses, je descends l'escalier de ciment un peu cassé et je me sens sur le quai d'en face. Je les observe tous de plus loin : les vieux, les jeunes, les gamins qui écoutent leur musique de merde, les adolescentes ; il y a une mère avec sa gamine, un contrôleur de la sncf qui a l'air de se faire chier, adossé au mur, avec son talkie-walkie dans la main, mais sans personne à qui parler. Tout est calme, en ce dimanche matin, et une atmosphère grise pèse sur ce lieu sans l'alourdir, où le temps semble s'être arrêté. Je suis fatigué, je dois avoir les yeux gonflés de n'avoir pas dormi et lorsque je les frotte, je sens le maquillage qui glisse sous mes doigts. Mes cheveux ne sont plus aussi ébouriffés qu'hier soir.
      Le train arrive ; il fait du bruit. Je balance ma cigarette sur les rails sous les yeux du contrôleur qui m'engueule un peu parce qu'on n'a pas le droit de fumer, je l'écoute à peine et je monte dans un wagon au hasard, je m'assois contre la vitre. En face, une fille est allongé sur deux sièges et dort. Le train est presque vide. Derrière moi, un homme a des écouteurs sur les oreilles et lit une revue scientifique. Un peu plus loin, deux vieux discutent à voix basse. Le paysage défile. Et puis le tunnel qui passe sous la montagne qui me fait mal aux oreilles. Au bout d'une demi-heure, le train arrive enfin à la gare que je connais bien, la mienne. Je n'ai pas le courage de marcher vingt minutes jusque chez moi, alors je me dis que ma voiture me serait bien utile dans ces moment-là si elle n'était pas décédée, et je prends un taxi. Le chauffeur a l'air un peu surpris de me voir. Je dois avoir une tête déplorable, et il me dit avec un sourire et un clin d'œil que ma nuit a du être arrosée. Je dis oui. Il essaye d'engager la conversation, je ne réponds pas. Je n'ai pas envie de parler. Je veux me baigner dans le silence de ce dimanche matin. Je paye, je rentre chez moi, et je vais me coucher. Dans deux heures, il faudra se lever. Plus tard est un autre jour.

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lundi 28 avril 2008

Vents intérieurs

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      « Le bonheur c'est fragile. Tu n'es pas funambule et tu avances pas à pas. [...] Le bonheur est difficile. Tu risques à chaque pas, tu avances docile. A chaque risque le bonheur est là. Tu avances vers toi ; le bout du fil n'existe pas. »

Philippe Delerm, Le bonheur, Gallimard.

Le bonheur

      Le bonheur. La simple évocation de ce mot prête à sourire. C'est l'inverse de certains cons qui rendent, eux. Le bonheur, c'est ringard, c'est passé, c'est cul-cul, neu-neu, trop romantique pour notre société, ou trop immatériel ; trop bouddhiste, peut-être. Le bouddhisme, c'est l'aboutissement de la religion catholique, et peut-être est-ce la raison pour laquelle on s'y intéresse tant, nous, européens à l'éducation culturelle judéo-chrétienne. La religion catholique vient du judaïsme, qui est la religion des dix commandements, la religion des lois inviolables ; le catholicisme est celle du père, et on retrouve dans le nouveau testament énormément de traces de l'Histoire hébraïque. Le bouddhisme est la forme moderne du catholicisme : pas de père, et la recherche sacrée du bonheur. Mais ils se plantent : le bonheur est impossible et celui qui le cherche sera toujours insatisfait par une imperfection ou par l'ennui. Le bonheur n'est pas une exécution successive de plaisirs divers dont nous croyons avoir besoin, car le monde n'est pas un catalogue de désirs.
      Être heureux, peut-être est-ce être en accord avec soi-même. Peut-être est-ce du matériel aussi : vivre aisément, avoir un métier épanouissant, une femme qu'on aime... Je pense plutôt qu'être heureux, c'est sortir de l'illusion, de l'illusion du monde. Sortir de cette société qui nous oblige à penser comme elle, qui nous oblige à présenter correctement notre apparence à la face du monde, au lieu de lui cracher nos entrailles à la gueules dans une perte de contrôle totale, jouissive, et enivrante. Pourtant, j'ai toujours fait tout ce dont j'avais envie et ce n'est pas pour ça que je peux me considérer comme heureux. Qui peut dire que dans sa vie, en général, il est heureux ? Le bonheur se résume à des moments, des instants sublimes ou sublimés, des sourires, des regards, comme la sensation du souffle onctueux de l'autre au creux du cou, comme notre main posée sur ses reins, comme une étreinte éphémère, sauvage ou puissante, comme une promenade au bord d'une rivière au milieu d'une foret en tenant timidement une main, ou un rêve de vie et de soleils couchants sur la mer avant de s'endormir. C'est une route dans la nuit, les croissants chauds du matin, le brouillard de l'hiver et la chaleur de l'été, l'écume des vagues qui nous lèche la peau, le vent qui la caresse ; c'est une nuit à dormir l'un contre l'autre, c'est un baiser sous la pluie plus ou moins volé mais rendu cent fois, c'est une bouteille de rouge que l'on partage dans la nuit en refaisant le monde politique et socio-culturel, c'est une musique qui vient nous chatouiller agréablement les oreilles, c'est une fille qui touche un piano, c'est un anarchiste qui sort de sa guitare électrique les sons saturés les plus improbables du monde, c'est un voyage. Le bonheur, pour moi, c'est tout cela : c'est découvrir un endroit que je ne connais pas dans les bras d'une fille que je connais bien.
      Et puis comment être heureux lorsque la politique nous met dans cet état ? Non, ce n'est pas Sarkozy qui nous déprime, mais ce qu'il représente. Et puis les gosses qui crèvent de faim, les guerres, les violences faites au femmes, etc... Mais c'est un peu facile tout cela. Les femmes sont la cibles de violences partout depuis toujours, si bien que lorsqu'un homme en croise une, au lieu de l'ignorer ou lui dire bonjour, il devrait lui dire pardon.
      Le bonheur existe, mais il est éphémère, ponctuel. C'est ce que je crois : Être heureux, c'est n'être jamais triste, ne pas avoir de larmes, de problèmes, d'engueulades, de pertes, de douleurs liées à l'enfance et aux vies antérieures. Et tout cela n'existe pas. On est tous bourrés de cicatrices qui ont parfois du mal à se refermer et qui nous font mal aux jambes et au ventre, qui nous font trébucher, qui nous empêchent de marcher correctement, d'avancer, de dire ou de taire.
      C'est subjectif, le bonheur. C'est comme les goûts, les mots que l'on attrape, les souvenirs, la conscience, le passé : chacun possède le sien au creux de son ventre sans le savoir, différent de celui de l'autre. Pour vivre ensemble, il faut faire des compromis, sans que cela n'altère ce que l'on possède au fond de nos corps : nos réserves inépuisables de sourires et d'étoiles qui brillent au milieu du jour.
      C'est la raison pour laquelle je pense que le mot heureux n'existe pas. Le bonheur oui. Mais peut-être devrait-on dire « un bonheur » : « aujourd'hui, j'ai eu un bonheur. » Voilà ce que l'on devrait dire. Mais on ne le dit pas. Parce que c'est comme ça. On dit « c'était bien », ou « j'ai aimé », ou « je t'aime ». On est pudique. On a du mal à avoir conscience que le bonheur est la recherche de la Liberté intérieure, bien avant celle que l'on peut voir, bien avant celle du monde.

Les phrases

      J'aime la phrase qui souffle un peu pour faire naitre la suivante. J'aime les phrases qui construisent des mondes impossibles, des mondes ailleurs. J'aime les phrases qui transforment les maisons en palais, les banquises en neige, les plaines en mer, les phrases qui regardent des batailles du ciel comme le sang qui coule dans nos veines. Nous sommes des enfants de dix-huit ans qui se battent du regard. Non, ne me touche pas, on n'a pas le droit, regarde-moi, déshabille-toi, laisse-moi te voir, mais surtout ne bouge pas.
      Les phrases invoquent un sens, posent une question, donnent un impératif, ordonnent aux étoiles de se rapprocher pour nous faire un peu plus de lumière, pour que l'on voit les ombres de nos corps sur le sol. Je suis allongé sur le lit, elle est debout de l'autre côté de la pièce et elle me fixe, droit dans les yeux.Elle se déshabille lentement. Dans nos veines coule le désir impossible, les envies refoulées ; elle se rapproche de moi et elle s'en fout. Elle marche, et elle est maintenant complètement nue. Un air de piano résonne dans la pièce. Je me réveille lentement. Je regarde son corps que je connais si bien, que j'ai vu tant de fois sans jamais oser vouloir le toucher, sans oser vouloir y pénétrer. Il est un navire perdu au milieu d'un océan déchainé, un dernier rempart contre les ombres de l'humanité pour protéger ses entrailles, un voile de poussière d'étoiles au dessus de la mer, des lambeaux de brouillard éclairant les montagnes par la pureté de leurs nappes. Son corps est celui qui dit, qui nous demande en silence d'habiter notre propre corps, pour ressentir le sien au plus profond de mes entrailles, qui me demande de ne pas la désirer pour l'avoir. Je ne dis rien. Je la regarde. A la fois je ne comprends pas ce qu'elle veut, mais à l'inverse, je ne la comprend que trop bien. Je connais sa provocation gratuite, juste par envie, parce qu'elle n'a pas de barrières. Elle fait ce qu'elle a envie, et ce matin, elle a envie de danser nue devant moi sur une musique douce. Ses mains passent sur ses épaules, caressent ses seins, suivent le long de la courbe de ses hanches, descendent vers ses fesses, passent sur son sexe, ses jambes, elle me regarde dans les yeux.
      Fusion totale à l'intérieur de mon propre corps entre ces deux personnages, moi, et elle, qui m'habite, comme une intime étrangère. Je n'arrive pas à me comprendre, à être d'accord avec moi-même, à être d'accord avec mes phrases. La petite fille et le petit garçon se regardent, se battent, et s'aiment.

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jeudi 24 avril 2008

Conseils et dangereux ennuis

M6n6l6gue de la sexualité grecque.

      Je suis désolé, je peux pas écrire. J'ai pas le temps : j'ai piscine, et puis après pétanque, et puis permanence de Détresse-Amitié. Alors en attendant, extasiez-vous sur les mythes grecs, admirez Achille et Patrocle qui s'enculaient à en crever alors qu'ils faisaient croire qu'ils étaient juste potes, comme Alexandre le Grand et Héphaïstion qui ont marché ensemble jusqu'aux portes des Enfers en étant poussé par Hadès jusque dans le Tartare (aux herbes, s'il-vous-plait, avec du pain et un canon de rouge), bavez sur les douze travaux d'Héraclès qui assassina ses enfants, imaginez-vous fils de Zeus et d'Aphrodite pour devenir le plus perverti des Hommes, admirez le destin de Ptolémé, premier pharaon du nom, plaignez Olympia la sorcière assassinée par Parménion, comprenez Eurydice qui pose calmement ses aiguilles pour aller s'ouvrir les veines, et jouissez de tout votre corps sur la grandeur d'Antigone, dans le mythe le plus profond de l'héroïne la plus belle et la plus parfaite de tous les temps. Mais n'oubliez pas de faire l'amour tout plein parce que c'est trop bon. Si vous êtes un pédé, enculez et faites-vous enculer, si vous êtes gouine, léchez des chattes, et sinon, faites tout ça en même temps. Mais faites attention à ne pas marcher dans la neige en chaussons parce que sinon vous aurez les pieds trop chauds.
      En fait, quand t'écris un monologue comme ça (je vous avez prévenu que j'avais piscine, alors les mots dans la flotte se sont mélangés et voilà le résultat. J'ai essayé de refaire le puzzle comme je pouvais, mais moi, les puzzles, c'est comme la danse classique : j'adore en faire, mais j'y arrive pas encore trop bien) ; bref, donc, je disais, quand t'écris un monologue comme ça, ce qui est le plus drôle, c'est de penser aux commentaires qu'on va se prendre dans la gueule, ou à l'absence de commentaires. C'est encore pire parce que tu sais pas si les gens ont aimé ou pas. Mais bon, finalement, le message est assez clair, donc l'absence de commentaire c'est pas mal aussi : c'est comme aux élections : ceux qui vont pas voter, ils s'en foutent. Là c'est pareil. Ça veut pas dire que ceux qui s'abstiennent ne lisent pas les journaux, hein. Il doit bien y avoir des cons pour se marrer des satyres de Carla et de son petit mari...
      Maintenant, je vais vous donner quelques petit conseils : 1. toussez. Ben oui parce qu'écrire, c'est comme parler : faut enlever les glaires pour bien s'exprimer et que les gens comprennent bien tout qu'est-ce qu'on dit, sinon ils doivent faire des efforts, et tout, c'est chiant. Bref, penser à tousser. Ensuite, en 2. Si vous avez inopinément avalé du sable et du ciment, ne buvez pas d'eau, et enfin, en 3. Un conseil si vous avez besoin du même ravalement de façade que Line Renaud : faites du plâtre dans un bol, colmatez les brèches et les trous, attendez que ça sèche, poncez, puis maquillez par dessus, en n'hésitant pas à utiliser du fond de teint. Mais je ne pense pas que comme elle, vous étiez déjà vieux ou vieille avant même que la mer morte soit malade.
         Ah, je repense à Héphaïstion... le genre de mec qui peut s'asseoir sur un yaourt sans l'écraser (Ca veut rien dire, je connais quelqu'un qui le fait sur un parpaing, alors... paraît que ça irrite...) Enfin, je l'aime bien Héphaïstion. C'était un des seuls qui était sincère dans la bande. En parlant de yaourt, qu'est-ce qu'elle m'énerve, cette pub à la télé, avec les nanas qui font style de pas aimer, elles gouttent, et elles adorent. Avec leurs sourires de connasses, là. Comme la vieille qui fait la pub pour L'Oréal depuis trente ans. Bientôt, ils vont pouvoir dire que c'est un truc pour creuser des tranchées, avec les rides qu'elle a. Je sais pas, elle en a peut-être pris trop, mais franchement, ça n'a plus l'air de marcher, sur elle, parce qu'on va bientôt la remplacer par Line Renaud (oui, encore elle, l'éternelle). Ou alors c'est de la couille. C'est possible aussi, hein ! Je vais organiser une manif', tiens. « L'O-ré-al, c'est d'la couille, L'O-ré-al, c'est de la couille ! » Ça a de la gueule, hein ?
      Monologue, monologue... Pourquoi s'imposer un monologue inutile et dépareillé à quatre heures du matin alors que je sais très bien qu'il ne sera publié que dans deux ou trois jours ? [Edit : ou une ou deux semaines]. Réponse : parce que j'ai envie, et parce que dans deux ou trois jours, je serai peut-être moins con que ce soir (allez, gardons espoir, même si ce soir je le suis particulièrement) et donc je n'aurai plus toutes ces idées débiles que vous êtes en train de vous infuser alors que vous avez certainement mieux à foutre. C'est même pas rigolo. C'est nul, c'est con, c'est absurde. Ben au moins c'est quelque chose, ne vous plaignez pas. Y en a ils sont rien. Magalie de la Star Ac, par exemple, elle est rien ! Tandis que Gregory, il a un truc, lui : il est mort. Ah ouais, tout de suite c'est la classe. Quand tu parles de quelqu'un, les gens demandent : « il a fait quoi, lui ? - la Star Ac - beu », alors que s'il est mort, ça fait plutôt : « il a fait quoi lui ? - il est mort – whaou ! ». Eh be ouais, pour être grand et respecté, faut crever. Allez, les enfants, à vos pioches ! Pourquoi les pioches ? Bah, c'est original, un suicide à la pioche quand même. Ca change de la traditionnelle balle dans la tête. Maintenant, un mec qui se flingue, limite les gens se marrent à l'enterrement. Ça devient trop commun. Un peu d'originalité, merde ! Allez, René, une dernière vanne ! Pouarf ! Il s'est flingué ! Trop mortelle, la vanne ! ... Ah oui, effectivement, ça fait une vanne. Eh, ouvrez les vannes, y a René, quand il déconne il a ses règles, ça va tâcher le tapis du chien !
      Alors ce soir j'ai chanté et fait les gestes de la chanson Dans sa maison un grand cerf, j'ai bu six bière, fumé quinze clopes, écrit que des trucs débiles où j'insulte les Hommes politiques de droite, téléchargé Skype, regardé la fin d'un film pourave, commencé le dernier bouquin de Yves Simon, et j'ai pas joué de guitare, comme quoi personne n'est parfait ! Je sais, y a pas de S à « bière », c'est pour faire croire que je suis pas trop débauché... Des fois que Bachelot tombe sur mon blog, elle me prendra peut-être à l'UMP comme ça. Non non, rassurez-vous, je recommence pas avec l'UMP, « Travail-Famille-Patrie », ça suffit.
      Oh là là, il fait tout noir et j'ai peur. J'ai éteint les lumières parce que j'étais censé me coucher, mais je sais pas, y a un connard d'esprit qui a posé mes doigts sur ce putain de clavier. C'est pas grave, hein, ça arrive. Le problème, c'est que je serais capable de débiter des conneries comme ça sur des pages et des pages, comme des musiciens qui savent pas s'arrêter et qui jouent ad lib pendant des heures sans se rendre compte que ça commence à être chiant, au bout d'un moment, pour les gens qui écoutent, d'entendre toujours la même chose. Ça fait mal aux oreilles et à la tête, comme le lendemain d'une cuite.
      Il y a une question que je me pose. Pourquoi quand la télé est en veille, la petite lumière est toujours rouge ? C'est vrai, c'est chiant. Regarde : tu changes de télé, t'as l'impression de ne pas en avoir changé. Tu vois quand t'as une nouvelle voiture (et on ne se moque pas pour ceux qui savent... enfoirés, va) eh ben tu vas voir un copain, il dit « oh, t'as une nouvelle voiture ! » (remarque faut être con pour poser une question pareille, t'imagines le mec qui répond « non, non, j'y suis allé au marteau pour qu'elle change de gueule et je l'ai repeinte à la gouache, mais c'est ma même »). Bon, ben là, avec la télé, ça n'arrive pas. Quand tu changes de télé, personne ne te dit « oh, t'as une nouvelle télé ! », tout le monde s'en tape. Moi aussi, remarque, mais bon... Et tout ça, c'est à cause de quoi ? De cette putain de lumière rouge, à croire qu'ils ont que ça comme couleurs chez les japonais. Comme le rond au milieu de la figure. Ou du drapeau, oui... C'est le saké, c'est pas grave. Les cubains fument bien des Havanes, les japonais peuvent boire du saké, même si c'est pas le nom d'une ville, c'est pas obligé. Quoique Saké c'est peut-être le nom d'une ville en fait, j'en sais rien. C'est très possible. On a bien le Bordeaux, chez nous. Heureusement qu'on l'a d'ailleurs, au moins, on est sûr de faire douze pour cent quelque part. Douze pour cent de vin par litre de cent, oui monsieur, et c'est le ballon qu'est cassé !
      Et puis une autre question : pourquoi un studio ça s'appelle un studio ? Parce que je compte pas faire du cinéma là-dedans, hein. Mes scènes de cul, je me les garde pour mes yeux... Normal, à l'académie française, y a que des vieux qui sont tellement liquides qu'il faut les ramasser avec des éponges alors ils savent plus ce qu'il font. Tu verrais, tu rentres là-dedans, ça pue la pisse de vieux c'est l'horreur. Ça déborde des couches et tout... Et puis ils ont eu la bonne idée de leur mettre des sièges en feutre. C'est con parce que ça reste imprégné, tu vois. Parce que déjà la pisse de bébé c'est pas terrible, mais alors la pisse de vieux (avec des vrais morceaux de prostate dedans, 100% de matière grasse).
      Donc, Hépahïstion s'asseyait sur des yaourts sans les écraser, Antigone est la meilleure, Patrocle et Achille se baisaient par tous les trous, Line renaud a commencé très tard sa carrière puisqu'elle ne fête que ses quarante ans (de carrière hein), je suis un débauché, je me suis pas noyé dans la piscine, je vais organiser une mani
f' contre L'Oréal, les lumières des télés sont rouges, un studio n'est pas un studio et surtout, surtout, ne marchez pas dans la neige en chaussons parce que sinon vous aurez chaud aux pieds. Voilà... Vais dormir moi.

       Comme dirait l'autre givrée, bonne nuit, peuple de l'Internet.
      Et comme dirait PP, je vous embrasse tous sur la bouche (même les mecs et les moches, si si !).

       Wa6a6a6aaaaa... Adieu monde cruel, mouahahaha (rire DémoniaK).

      PS : penser à me couper les ongles des doigts de pieds parce que bientôt, je vais augmenter de deux pointures en taille de chaussures.

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mardi 22 avril 2008

Mathilda


En exclu.
Désolé, le son est pourri, toujours la faute au matos de merde.

natalie_portman_leon_1_

      C'est une petite fille triste de douze ans qui fume en cachette dans la cage d'escalier pour ne pas se prendre une raclée par son connard de père. Elle cache ses yeux noirs et son visage clair, aux traits purs et fins, derrière des lunettes noires pour ressembler à celui qu'elle aime. Pour qu'il la protège, parce qu'elle se sent bien avec lui ; elle se dit qu'elle est en sécurité, elle se dit qu'il parviendra à la rendre un peu plus forte, malgré son petit corps d'enfant. Elle pleure encore parfois. Elle pleure en pensant à son petit frère qu'ils ont flingué pour rien, alors qu'il n'était encore qu'un gosse. Elle a tout perdu et il ne lui reste plus que lui. Elle n'a pas de maison, pas de famille, pas d'envies, pas d'avenir et elle a peur. Elle a peur d'eux, elle a peur qu'ils la retrouvent. Alors elle se cache, et elle les flingue à son tour.
      Elle l'aime. Il ne comprend pas. C'est impossible. Il est de ces choses-là qui ne s'expliquent pas, il est des injustices que même les plus grandes armées d'amour ne peuvent pas combattre. C'est comme un frère et une sœur qui ne peuvent pas faire l'amour alors qu'ils en ont envie. C'est comme une petite fille qui veut se faire caresser par son père. C'est impossible. Parce que c'est comme ça. Il ne faut pas. Les grandes personnes ne comprennent pas les enfants. Ils ne savent pas la pureté de ce qu'ils ressentent, ils ne savent pas qu'ils se fichent de barrières difficiles à franchir, ils ne savent pas ce qu'il peut y avoir dans la tête et dans le corps d'un enfant, ils ne savent pas ce que les anges nous donnent comme vie. Parce qu'ils ont peur, parce qu'ils oublient que eux aussi savaient sentir la présence des fées, parce qu'ils ne se rendent pas compte que les lois qui sont les plus compliquées à franchir sont celles qui ne sont pas écrites. Elle, elle se nourrit de sentiments, de tristesse, d'envie de vengeance, de feu, de la Terre et du bruit de la ville, du silence des hôtels, du calme avant la tempête, de la peur, d'espoir, des vertiges et de la mort. Mais elle ne veut pas mourir ce soir. Elle veut rester là, avec lui. Elle veut se battre. Elle veut lui prouver qu'elle peut l'utiliser pour le remercier de lui avoir sauvé la vie.
      Elle a des yeux tristes, parce qu'elle sait que la vie, c'est toujours noir, et pas seulement quand on est petit. Elle a des yeux tristes parce que personne ne faisait attention à elle, avant. Elle a des yeux tristes parce qu'elle a tout perdu et qu'elle veut essayer d'avancer. Peut-être que sa tristesse la sauvera, après tout... Peut-être qu'elle arrivera à se sortir des vestiges que le temps a laissé sous sa peau, comme une drogue que l'on garde dans le corps pour longtemps, comme des bleus sur la peau qui ont du mal à partir. Peut-être que dans la jungle de ses souvenirs, elle parviendra à ne garder que les bons, à refouler le reste pour vivre encore un peu de jour, jusqu'au moment où tout cela deviendra impossible et que c'est vers elle qu'elle retournera son flingue. Parce qu'elle n'a plus que cela à faire. Il y a trop de poison dans son ventre pour qu'elle puisse guérir entièrement. On ne guérit jamais de nos souvenirs et de nos souffrances. Le temps est toujours plus fort que tout, il soulage les peines mais ne cicatrise pas les douleurs. C'est comme ça.
      Elle devient adulte : elle commence à comprendre le pouvoir du temps. Le futur, comme dans le sommeil ou dans l'amour, n'existe pas dans l'enfance. Elle, elle sait qu'un jour, tout cela sera terminé. Elle sait que le silence la guette, comme une apocalypse, comme un champ de bataille après le combat : rien ne bouge, tout est fini. Être enfant, c'est comprendre le sens de la pensée sans phrases et sans mots. Et elle, elle lui dit « je t'aime ». Son regard décidé est une errance infinie, son sourire un fou-rire et ses larmes des suicides. Elle se laisse paralyser par des pensées informulables qui se rapprochent trop, parce que la peur, parce que l'inconscience, parce qu'elle sait qu'ils ont tout fait pour qu'elle se perde. Pas par méchanceté ; seulement par ignorance et par une absence d'amour indicible tellement tout cela était déraisonnable, insensé, ridicule. L'enfance est une page qui se tourne indéfiniment, et enfin, en quittant ce monde sans vie, elle apprend à voir les étoiles. En fait, elle ne sort pas de l'enfance : elle apprend simplement à y entrer un peu, et elle grandi en même temps. Cette fille est la seule qui peut être deux à elle toute seule, sans le savoir. Lui, il a su lui apprendre à s'aimer.
      Les dieux et le diable sont les mêmes. Ils sont le désir, l'extase impossible, l'envie de jouissance de la chair enfouie dans les méandres des inconscients ; la vie réunit ceux qui s'aiment pour qu'ils ne puissent pas mourir ensemble. Son corps pourrira au soleil comme celui de Polynice et le monde viendra la bouffer comme une horde de vautours crachant sur son visage, hurlant devant elle, proférant des insultes à voix basses derrière son dos, comme des questions qu'ils ne savent pas poser. Par connerie, par pudeur, par ignorance ; par différence. Elle s'inquiétera en regardant la Terre, elle pleurera toute seule dans sa chambre pour essayer de faire sortir l'abandon de son corps, elle rêvera à des idéaux pour enfouir les cris d'avant au plus profond de son ventre, elle pensera à des souvenirs qui sont les seuls qui valent vraiment la peine, et elle mourra dans l'indifférence la plus totale, comme un chanteur oublié de tous dans une maison à la campagne. Pour elle, ce sera au milieu de la ville qu'elle n'a jamais quittée et qu'elle ne quittera jamais. Cette ville, c'est son pays, c'est son monde à elle, qui le dégoûte, qui lui fait peur, qui lui envoie dans la gueule toutes les injures connues et inconnues de toutes les langues de tous les peuples disparus. Elle a seulement appris à survivre, comme nous tous. C'est l'essentiel, mais ce n'est pas ça qui aide à vivre. Pour cela, il ne faut pas être un Homme.   

Posté par Peter_Pan_ à 05:17 - Les yeux noirs - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 18 avril 2008

Le silence et le temps

      Des fois, j'écris, et puis je me dis que finalement, c'est pas trop mal, mais il faudrait développer. Alors je fais une pause, je bois un coup, j'écris sur ce que j'écris. Ce sont mes carnets de mots.

      J'écris sur le silence et le temps parce que je suis de plus en plus intimement convaincu que ce sont les deux choses qui régissent nos vies, à condition de savoir s'élever soi-même, comme j'en parle dans le texte précédent ("Ses mots"). Il faut donc convaincre le lecteur de l'utilité de s'élever à un rang plus haut que celui d'être humain, et puis après, expliquer un point de vue. Même si ce n'est pas forcément exactement ce que je pense, et même s'il y a des failles, c'est pas grave : c'est la vision du personnage principal qui va évoluer, et tout en recherchant cette forme d'amour utopique, la rejettera pour pouvoir continuer à vivre et à penser sereinement à la mort, le tout dans une adoration de l'écriture.

      "Ecrire et aimer, c'est la même chose : il n'y a que le silence et le temps qui comptent, en se liant au présent et aux sentiments : aimer, c'est être, ce n'est pas faire. Le reste ne sert qu'à avoir une assise matérielle sur laquelle s'appuyer, pour ne pas se perdre. Mais si l'on sait aimer sans tout cela, l'amour est pur.
      
- Tu veux dire qu'un amour pur mène forcément à la perte ?
      
- Un amour pur et sincère, sans rien autour... Comment se retrouver dans le monde si l'on nage dans des eaux troubles avec pour seul repère l'être aimé qui est notre moitié comme une fusion des corps, et qui est aussi perdu que nous, sans aucun repère ? L'amour ne peut pas être dissocié de la perte de soi, et donc, à terme, de la mort. Mais cela ne doit pas être une fatalité : même en amour, on ne doit pas se résigner à la mort mais au contraire, tout faire pour combattre le monde qui nous y mène, parce que c'est la société qui crée ce carcan dans lequel on doit s'enfermer jusqu'à la fin dans une situation de relation amoureuse. Il faut combattre les murs avec des sentiments et avec des idées. C'est pour cela qu'il est indispensable de se détacher de l'autre, parfois, de vivre à côté, pour comprendre que l'élévation de l'âme est la seule solution pour survivre à deux.
      
- Alors c'est l'amour basé sur des principes matériels qui fonctionnerait ?
      
- Oui, mais je pense que c'est se faire injure à soi-même que d'accepter ce genre de chose. Pourtant, tous, sans exception aucune, au jour où l'autre, nous le vivons. L'amour que je décris est un idéal possible pour un temps déterminé. Après, ce n'est plus supportable. Il faut parler, rire, échanger, redevenir un être humain primaire. Et on en revient encore au silence et au temps."

Posté par Peter_Pan_ à 23:57 - La danseuse - Commentaires [4] - Permalien [#]



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