dimanche 9 novembre 2008
VIII - La dissection de la mort
Cette histoire n'a pas de fin. Je serai toujours une petite fille morte. Même s'il me tue, il vivra toujours avec le souvenir de moi. Je pense qu'il hésite entre l'empoisonnement ou l'arme blanche. Il pourrait aussi m'emmurer vivante - comme Antigone - mais c'est risqué : il sait que je peux traverser les murs si je me concentre bien et si je veux vraiment le hanter. Il arrivera à trouver quelque chose pour que je fasse comme Ortic : que je pourrisse sur moi même. Il n'a pas peur de lui. Il faudra qu'il apprenne à ne pas avoir peur de moi. Alors, il pourra me faire mourir avec de simples mots, s'il comprend cette bête sadique et cynique qu'il porte dans son ventre.
Parce qu'il me portera toujours. Je suis morte parce que je n'ai jamais été vivante, mais je suis vivante à l'intérieur de son corps pour toujours ; quoi qu'il veuille. Malgré tout, je sais qu'il m'aime.
jeudi 6 novembre 2008
VII - La dissection du sexe

Je n'ai pas envie de lui. Son sexe est une métaphore que je fais entrer en moi. Je veux simplement le tenir par là. Pour sentir que mon vagin n'est pas complètement inutile. Parce que comme toutes les petites filles mortes de treize ans, je ne pense qu'à ça. Je veux qu'il ne puisse pas me résister. Mais plus le temps passe, plus je me sens petite, plus je me sens fade, plus je me sens mourir. Je n'arrive plus à exister au travers de lui comme je le faisais avant presque quotidiennement. Il est en train de me tuer parce qu'il ne me désire plus. Il est en train de me tuer pour essayer de survivre, parce qu'il est optimiste, ce fou.
Je ne suis plus capable que de désirer m'endormir dans les bras d'un autre pour me consoler de son abandon. Mais je n'y parviens pas. Et je sais que ma mort est vitale pour lui. Je ne veux pas mourir une seconde fois. Je ne veux pas m'éloigner de son temps à lui après m'être éloignée du mien.
lundi 3 novembre 2008
VI - La dissection des caves des désirs
Finalement, je ne suis rien. Il ne veut rien interdire mais il veut m'interdire d'exister. Il veut m'interdire de vivre ; il veut me tuer. Il est un tueur qui me poursuit maintenant sans relâche alors qu'il m'aime. Il ne désire que ma mort après m'avoir aimé inconditionnellement. Je suis une partie de son inconscient qui remonte à la surface parfois. Il ne me fuit pas. Il n'en est pas capable. Il est tellement attaché à moi que je peux lui demander de me baiser quand j'en ai envie ; alors il ne voit plus que moi et je sais qu'il prend du plaisir en me détestant. Mais il me fuit de plus en plus. Il a appris à refuser mes avances pour les autres. Il me dégoûte de plus en plus mais je n'ai pas envie de partir. J'ai envie de m'attacher à lui alors qu'il me pousse vers la porte des Enfers. Mais il hésite. Il sait que c'est le Paradis qui est fait pour moi. Mais ça, ce n'est pas lui qui décidera. C'est son corps et son passé desquels il n'est pas le maitre.
vendredi 31 octobre 2008
V - La dissection des masques d'Halloween
Je suis un monstre visqueux qui peut se glisser sous le couvercle de la boite dans laquelle il fait tout pour me séquestrer comme une marre de boue verte, comme un chewing-gum liquide, comme un objet de la nature capable de penser. Je n'ai qu'un seul but : le poursuivre, le traquer, le faire souffrir comme son obsession de me tuer me fait souffrir ; je suis une force - inconnue - de la nature capable de penser et de voir. Il m'attire comme le soleil attire Icare. Il fait tout pour me brûler les ailes. Ange déchu.
Les masques dansent autour de moi, ils tournent en rond et me regardent en riant, en menaçant, des clowns tristes et dangereux. Dans les rues sombres de mon inconscient, que même lui ne peut atteindre, leurs ombres passent - géantes - sur les murs de la ville. Leurs déguisements me font peur ; je ne peux pas savoir quels visages cachent leurs masques. Finalement, ces masques, ils ne les retirent jamais. Même pas moi. Même lui il ne sait rien de moi : j'ai effacé sa mémoire lorsque je suis morte, à ma naissance.
mercredi 29 octobre 2008
IV - La dissection des rats
Je vis dans une petite et sombre chambre d'enfant. Le parquet est grinçant ; dans un coin de la pièce, il y a un vieux coffre à jouets, en bois, dont certains sont cassés. Les murs sont noirs, les carreaux sont sales et je suis assise, recroquevillée dans un coin. J'attends qu'il enlève de mon corps ces vêtements troués par le temps et les croix noires qui couvrent mes yeux. C'est pas facile pour lui. Il faut qu'il parvienne à me combattre, à combattre mon immobilité et mon hyperactivité qui n'existent pas l'une sans l'autre. Sous mon matelas, les araignées ont tissé leur toile sur les couvertures de mes livres et le sexe a remplacé les fleurs que je cueillais dans les forêts de mes rêves qu'il a fait endormir. Il faut qu'il me tue. Je fais tout pour l'en empêcher mais j'ai peur qu'il gagne. J'ai peur qu'il soit plus fort que moi, moi qui suis restée bloquée dans le temps. J'avais de l'avance sur lui, je suis beaucoup plus méchante que lui quand il avait mon âge mais il a grandit. Je ne suis pas pure mais je suis vierge, moi.
Je garderai ce sourire sadique tant qu'il continuera à me faire boire son sang ne se souciant pas de ma boulimie.
dimanche 26 octobre 2008
III - La dissection de la perversité
Il y a des jours comme ça où ma perversité n'a plus de limites. Elle lui a dit qu'elle ne m'aimait pas. Elle lui a dit qu'elle préférait l'autre. Elle lui a dit qu'elle ne voulait pas nous aimer ensemble. Parfois, je fais tout pour m'immiscer entre eux. Lui, il essaye de lutter, il essaye de m'enfermer dans ma boite à double tour mais parfois, j'arrive à m'échapper, comme un serpent qui pourrait se faufiler entre les barreaux de sa cage. Alors dans ces moments-là, je me sens plus forte que lui ; j'essaye de le remplacer, je l'écrase sous mes pieds pour qu'il ne soit plus rien, pour qu'il se sente une merde. Et moi je sors et je traduis sa souffrance en me faisant parfois détester des autres. Parce que ça leur fait peur la souffrance. Et j'aime ça.
J'aime que les autres croient que je suis lui à part entière, j'aime que les autres ne m'aiment pas en croyant que c'est lui qu'ils n'aiment pas, ou un morceau de lui. Parce que je hais sa manière de me tenir à l'écart de lui-même parfois. Alors je me venge. C'est devenu ma raison de vivre. Avant, je n'étais que lui ; maintenant, il essaye de ne plus être moi.
jeudi 23 octobre 2008
II - La dissection de l'amour
Je suis jalouse. Je suis jalouse de voir qu'il est aimé, qu'il vit. Moi, je suis la mort. Je suis celle qui n'arrive pas à grandir, je suis celle qui fait du surplace, qui se débat sempiternellement dans la mer sans jamais me noyer et sans jamais remonter s'échouer sur la plage. Je remonte parfois à la surface pour qu'il m'aime et me déteste un peu plus chaque jour, pour qu'il m'appuie sur la tête en me remettant sous l'eau après m'avoir amoureusement embrassé. Je n'arrive pas à le voir embrasser d'autres filles, à le voir vivre ailleurs que recroquevillé dans son ventre tout contre moi. J'aimerais pouvoir m'allonger à côté d'un autre pour me consoler mais je n'y arrive pas. Il me tient à l'intérieur de lui et je ne peux que m'endormir parfois pour le laisser tranquille et ne plus le hanter. Ne plus lui faire mal.
lundi 20 octobre 2008
I - La dissection de la césure
Je l'ai revue pendant quelques jours et je me rends compte que rien n'a changé. C'est même encore mieux. Malgré les parasites, malgré les autres, malgré elle et malgré moi. Ca fait du bien, comme une cure. Le calme avant la tempête. Le nettoyage de l'âme avant de m'immerger à nouveau dans les abysses des enfers, une mer bien trop visqueuse pour savoir y plonger en espérant remonter un jour à la surface. Il faudra penser à mourir un jour. Je le ferai, c'est promis. Je le ferai pour que l'on puisse l'aimer un peu plus, un peu mieux. Pour que je sois enfin moi, ignorant enfin cette schizophrénie qui résonne dans ma tête sans que je ne puisse faire rien d'autre que regarder. Je veux crever, j'en ai marre de rester dans ce coin, seule, à pleurer. Je veux le laisser vivre, lui, le grand.